Budgets IA des entreprises en France : ce que disent vraiment les chiffres en 2026
Mathieu Dolé - Directeur commercial - Co-fondateur StackJobs
October 22, 2026

Les chiffres clés à retenir
| Indicateur | Valeur | Source | Période |
|---|---|---|---|
| Entreprises françaises (10 salariés ou plus) utilisant au moins une technologie d'IA | 18 % (10 % en 2024, 6 % en 2023) | Insee, Insee Première n° 2120 | 2025 |
| Entreprises de l'Union européenne utilisant l'IA | 20 % | Insee et Eurostat | 2025 |
| Entreprises françaises (20 salariés ou plus) utilisant l'IA générative | 67 % | Banque de France, bulletin n° 266/1 | Début 2026 |
| Entreprises utilisatrices d'IA générative constatant un gain de productivité | 31 % | Banque de France | Début 2026 |
| Entreprises non utilisatrices citant l'absence de cas d'usage comme frein | 49 % | Banque de France | Début 2026 |
| Entreprises non utilisatrices citant le coût comme frein | 9 % | Banque de France | Début 2026 |
| Entreprises non utilisatrices citant des coûts trop élevés (choix multiples) | 32 % | Insee | 2025 |
| Recul des embauches en CDI de jeunes développeurs (21-29 ans) depuis novembre 2022 | -42 % | HEC Paris et Banque de France | Mars 2026 |
| Recul des offres d'emploi IT en France | -28 % | HelloWork | 2025 |
Combien d'entreprises françaises utilisent l'IA : 18 % ou 67 % ?
Les deux chiffres sont valides parce qu'ils reposent sur des définitions, des tailles d'entreprise et des périodes différentes. L'Insee mesure l'utilisation organisée d'au moins une technologie d'IA au sein des services de l'entreprise en 2025, hors usages ponctuels et individuels des salariés (par exemple un agent conversationnel utilisé à titre personnel) ; la Banque de France mesure l'usage de l'IA générative début 2026, y compris l'usage simplement expérimental.
| Source | Chiffre | Périmètre | Période |
|---|---|---|---|
| Insee, Insee Première n° 2120 | 18 % (10 % en 2024, 6 % en 2023) | Entreprises de 10 salariés ou plus, secteurs principalement marchands hors agriculture et finance, utilisation organisée d'au moins une technologie d'IA (hors usages individuels ponctuels) | Données 2025, publiées en juillet 2026 |
| Insee et Eurostat, Union européenne | 20 % | Même périmètre, moyenne de l'UE | 2025 |
| Banque de France, bulletin n° 266/1 | 67 % | Entreprises de 20 salariés et plus, IA générative, usage expérimental inclus, hors commerce et finance | Enquête du 25 février au 3 avril 2026 |
| Banque de France, enquête SAFE | 23 % en France contre 39 % dans la zone euro | Usage modéré ou important, 625 entreprises françaises sur 4 968 | Publié en mai 2026 |
La France progresse vite : selon l'Insee, l'usage de l'IA a été multiplié par trois entre 2023 et 2025. Elle reste néanmoins un peu en dessous de la moyenne européenne (18 % contre 20 % en 2025).
L'usage de l'IA générative reste surtout limité ou expérimental. Il passe par des outils grand public ou intégrés aux suites bureautiques, dont la barrière d'entrée est faible.
L'adoption de l'IA dépend de la taille et du secteur de l'entreprise
- Par taille (Insee, 2025) : 15 % des entreprises de 10 à 49 salariés utilisent l'IA, 31 % de celles de 50 à 249 salariés, 58 % de celles de 250 salariés ou plus.
- Par taille, pour l'IA générative (Banque de France) : de 64 % pour les entreprises de 20 à 49 salariés à 83 % pour celles de 1 000 salariés et plus.
- Par secteur : l'information-communication arrive en tête. Selon la Banque de France, 91 % de ses entreprises utilisent l'IA générative, et 78 % de ces utilisatrices recourent à des outils spécialisés (assistants, génération de code, agents). Selon l'Insee, 85 % de l'emploi du secteur se trouve dans des entreprises utilisatrices d'IA.
Pour le recrutement tech, ces données montrent que l'IA est déjà intégrée aux processus de production là où se concentrent les métiers du numérique.
Où va l'argent investi dans l'IA par les entreprises françaises ?
Les données publiques ne donnent pas de montants, mais elles indiquent la direction : les investissements augmentent et se concentrent sur des outils généralistes dans les fonctions support.
Que disent les chiffres officiels sur les investissements IA ?
La Banque de France mesure des évolutions, pas des montants :
- Parmi les entreprises utilisatrices d'IA générative, le solde net des hausses d'investissements liés à l'IA est de +15 % (+22 % pour l'IA non générative).
- Un tiers des entreprises envisage d'augmenter ses investissements dans l'IA au cours des trois prochaines années.
- La Banque de France souligne le besoin de mieux documenter la balance coûts-bénéfices de l'IA, dans un contexte où des hausses de coûts de l'IA sont observées dans les entreprises.
Quels usages concentrent les dépenses IA ?
- 85 % des entreprises utilisatrices d'IA générative emploient des outils de génération de texte.
- 74 % utilisent l'IA principalement dans les fonctions support (marketing, administration, finance, RH), contre 14 % dans la production.
La dépense va donc d'abord vers des outils généralistes, moins coûteux et plus faciles à déployer que des applications intégrées aux processus métier.
Que mesure l'étude Spendesk sur les dépenses IA ?
Une étude de Spendesk (février 2026) suit les dépenses IA de plus de 2 500 entreprises européennes, dont environ 1 700 françaises. Elle relève 13,2 M€ de dépenses IA traitées en France en 2025, en hausse de 44 %, alors que le nombre d'utilisateurs ne progresse que de 22 % selon le rapport de benchmark.
Limite importante : ce chiffre porte sur les clients d'une plateforme de gestion des dépenses, pas sur l'ensemble de l'économie française. Il illustre une tendance (la dépense augmente plus vite que le nombre d'utilisateurs), mais il ne mesure pas le budget IA national.
Quelle différence entre budgets d'entreprises et soutien public à l'IA ?
Les budgets des entreprises et les financements publics sont deux sujets distincts :
- 10 milliards d'euros d'investissements dans l'IA d'ici 2029, annoncés par Bpifrance en février 2025.
- 655 millions d'euros supplémentaires via France 2030, annoncés le 16 juin 2026 (info.gouv.fr).
- 80 millions d'euros pour un plan de 12 mesures du ministère du Travail (formation, accompagnement, dialogue social), lancé le 22 septembre 2026.
- Le plan « Osez l'IA » vise 100 % des grandes entreprises, 80 % des PME et ETI et 50 % des TPE à l'horizon 2030.
L'IA est-elle déjà rentable pour les entreprises françaises ?
Pas encore pour la majorité : seules 31 % des entreprises utilisatrices d'IA générative constatent un gain de productivité, mais les entreprises sont optimistes à trois ans.
- Selon la Banque de France, 31 % des entreprises utilisatrices d'IA générative constatent déjà un gain de productivité, et 6 % parlent d'un effet significatif.
- À trois ans, 60 % des entreprises qui utilisent ou prévoient d'utiliser l'IA anticipent un effet positif sur leur productivité, dont 17 % un effet significatif.
Quels sont les freins à l'adoption de l'IA en entreprise ?
Le premier frein est l'absence d'utilité ou de cas d'usage pour les entreprises non utilisatrices, et le manque de compétences pour les entreprises utilisatrices. Le coût est cité, mais loin derrière : par environ une entreprise sur trois selon l'Insee, par 9 % des non-utilisatrices selon la Banque de France. L'écart entre ces deux chiffres tient à des questionnaires et des périmètres différents.
| Source | Entreprises qui n'utilisent pas l'IA | Entreprises qui utilisent l'IA |
|---|---|---|
| Insee (2025, choix multiples) | Pas d'utilité (71 %), manque d'expertise (54 %), incompatibilité technique (38 %), coûts trop élevés (32 %) | Manque d'expertise (53 %), protection des données (43 %), manque de clarté juridique (42 %), coûts trop élevés (33 %) |
| Banque de France (début 2026) | Manque de cas d'usage (49 %), compétences techniques (24 %), coûts (9 %) | Compétences techniques, obstacles réglementaires (données, confidentialité), fiabilité des résultats |
Les deux sources placent le manque de compétences parmi les freins majeurs des entreprises utilisatrices (53 % selon l'Insee).
La difficulté n'est donc plus d'adopter l'IA, mais de la déployer à grande échelle avec des équipes capables de la faire fonctionner.
L'IA fait-elle baisser l'emploi tech en France ?
Les données montrent un net recul des embauches de jeunes développeurs, sans qu'il soit possible de l'attribuer à l'IA seule. Les entreprises déclarent peu de baisses d'effectifs à ce jour, mais une partie en anticipe à trois ans.
Que déclarent les entreprises sur l'emploi ?
- Seules 2 % des entreprises utilisatrices d'IA générative (solde net) attribuent déjà une baisse de leurs effectifs à cette technologie.
- À trois ans, 21 % des entreprises prévoient une baisse de leurs effectifs (14 % en solde net), ce que la Banque de France interprète comme un réel effet de réallocation d'emplois.
- La Banque de France indique que l'IA est surtout perçue, à ce stade, comme un outil d'assistance plutôt que comme un substitut direct au travail.
Que disent les données de recrutement tech ?
- Selon une étude du laboratoire LIFT de HEC Paris et de la Banque de France, les embauches en CDI de jeunes développeurs et ingénieurs informatiques (21-29 ans) ont reculé d'environ 42 % entre novembre 2022 et mars 2026, contre 11 % dans les quatre autres groupes d'exposition à l'IA. Dans les métiers les plus exposés, les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé de 28,3 %.
- Selon HelloWork, le volume d'offres IT a reculé de 28 % en 2025 (près de 230 000 offres), tandis que les offres réclamant des expertises liées à l'IA ont progressé de 47 %. Les offres data, IA, DevOps et qualité logicielle résistent mieux, alors que celles de BI traditionnelle et de systèmes d'information géographique reculent de 54 %.
Ces études observent des corrélations : le contexte économique, les taux d'intérêt et les arbitrages budgétaires pèsent aussi sur le recrutement IT. Pour approfondir le cas des jeunes diplômés, voir l'analyse de StackJobs L'IA et l'effondrement du marché junior tech.
Que changent ces chiffres pour les candidats et les recruteurs tech ?
Cette section est une analyse de la rédaction de StackJobs, pas une donnée statistique.
Pour les candidats tech :
- Les entreprises investissent là où l'IA est intégrée à la production : information-communication, activités scientifiques et techniques. Ce sont les secteurs où les compétences tech sont directement mobilisées.
- Le goulot d'étranglement cité par les entreprises est la compétence. Savoir déployer, évaluer et fiabiliser des outils d'IA est un différenciateur concret, plus que la simple maîtrise d'un assistant.
- Les profils data, DevOps et qualité logicielle apparaissent plus résistants dans les données de recrutement.
Pour les juniors :
- Le recul des embauches est réel et documenté. Un portfolio montrant des projets qui intègrent l'IA dans un cas d'usage précis répond au principal frein des recruteurs : le manque de cas d'usage et de compétences.
Pour les recruteurs :
- Les entreprises qui dépassent l'expérimentation sont celles qui identifient des cas d'usage métier. Le recrutement gagne à viser la capacité à déployer l'IA, pas seulement à utiliser un outil.
- Le coût n'est pas le premier obstacle déclaré : miser sur la montée en compétences des équipes existantes est cohérent avec les données.
Comment lire un chiffre sur l'adoption de l'IA en entreprise ?
Cinq questions permettent de savoir si un chiffre est comparable à un autre :
- Quelle définition ? Toute technologie d'IA, ou seulement l'IA générative ? Usage expérimental inclus ?
- Quelle taille d'entreprise ? 10 salariés ou plus, 20 ou plus, TPE-PME ? Les taux changent fortement.
- Quel secteur ? Commerce, finance ou agriculture sont parfois exclus.
- Quel échantillon ? Enquête statistique représentative ou panel de clients d'une plateforme ?
- Quelle date ? Un chiffre de 2024 n'est pas comparable à un chiffre de 2026 : l'usage a triplé en deux ans.
Glossaire
- IA générative : intelligence artificielle qui produit du texte, du code, des images, de l'audio ou de la vidéo à la demande (assistants conversationnels, outils de génération de code).
- IA non générative (ou prédictive) : intelligence artificielle qui analyse des données pour classer ou prédire (reconnaissance d'images ou de voix, apprentissage automatique, fouille de textes). Environ un tiers des entreprises de 20 salariés et plus l'utilisent, selon la Banque de France.
- Taux d'adoption : part des entreprises qui déclarent utiliser une technologie. Il dépend de la définition retenue (usage expérimental inclus ou non).
- Solde net d'opinion : part des entreprises déclarant une hausse moins part des entreprises déclarant une baisse. Un solde de +15 % ne signifie pas que 15 % des entreprises ont augmenté leurs investissements, mais que les hausses dépassent les baisses de 15 points.
FAQ
Quel est le budget IA des entreprises françaises ?
Aucune source officielle ne le publie en euros. Les indicateurs disponibles sont indirects : selon la Banque de France, le solde net des entreprises qui augmentent leurs investissements IA est de +15 % pour l'IA générative, l'étude Spendesk observe 13,2 M€ de dépenses IA traitées en France en 2025 sur son panel, et les pouvoirs publics ont annoncé plusieurs financements dédiés.
Quelle part des entreprises françaises utilise l'IA ?
Selon l'Insee, 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus utilisaient au moins une technologie d'IA en 2025, contre 10 % en 2024 et 6 % en 2023. Pour l'IA générative seule, la Banque de France mesure 67 % chez les entreprises de 20 salariés et plus début 2026.
Pourquoi les chiffres d'adoption de l'IA diffèrent-ils entre 18 % et 67 % ?
L'Insee mesure l'utilisation organisée d'au moins une technologie d'IA en 2025 pour les entreprises de 10 salariés ou plus, hors usages individuels ponctuels des salariés. La Banque de France mesure l'usage de l'IA générative début 2026 pour les entreprises de 20 salariés et plus, usage expérimental inclus. Les définitions, les tailles d'entreprise et les périodes diffèrent.
La France est-elle en retard sur l'Europe en matière d'IA en entreprise ?
Légèrement selon l'Insee : 18 % des entreprises françaises utilisent l'IA en 2025, contre 20 % dans l'Union européenne. L'enquête SAFE de la Banque de France relève un écart plus marqué sur l'usage modéré ou important : 23 % en France contre 39 % dans la zone euro.
L'IA détruit-elle des emplois tech en France ?
Les données montrent surtout un recul des embauches de jeunes développeurs (-42 % en CDI entre novembre 2022 et mars 2026, selon HEC Paris et la Banque de France), sans qu'il soit possible de l'attribuer à l'IA seule. Les entreprises déclarent peu de baisses d'effectifs à ce jour, mais 21 % en anticipent à trois ans.
Quels profils tech sont les plus recherchés avec l'essor de l'IA ?
Selon HelloWork, les offres d'emploi IT ont reculé de 28 % en 2025, mais celles réclamant des expertises liées à l'IA ont progressé de 47 %. Les offres data, IA, DevOps et qualité logicielle résistent mieux ; celles de BI traditionnelle reculent de 54 %.
Conclusion
Les budgets IA des entreprises françaises progressent, mais de façon plus nuancée que ne le laissent croire les titres : une adoption rapide de l'IA générative, des usages encore centrés sur les fonctions support, un retour sur investissement limité et des freins qui tiennent plus aux cas d'usage et aux compétences qu'au coût. Pour l'emploi tech, le message est double : les recrutements sont sous pression, mais les profils capables de déployer l'IA là où elle crée de la valeur restent recherchés.
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Sources
- Insee, « Les technologies de l'information et de la communication dans les entreprises en 2025 », Insee Première n° 2120, juillet 2026
- Banque de France, « L'IA s'installe dans les entreprises françaises », Bulletin n° 266/1, septembre-octobre 2026
- Banque de France, « Entreprises françaises : existe-t-il un écart d'adoption de l'IA ? », Bloc-notes Éco n° 451, mai 2026
- Spendesk, étude AI State of Spend, février 2026
- info.gouv.fr, « Accélérer l'IA dans l'État et au service des Français », juin 2026
- HEC Paris (LIFT) et Banque de France, étude sur l'embauche des jeunes et l'exposition des métiers à l'IA générative, octobre 2026
- Siècle Digital, emploi IT 2025 (HelloWork)


